DE
« PALETS EN BOGUES » DE GARGANTUA : BALADE PARMI QUELQUES
MEGALITHES DU SUD-TOURAINE.
Polissoir
du Petit-Pressigny : La
« Pierre-Birette » ou « Pierre du Diable » :
Initialement
situé près du château des Bordes , au Petit-Pressigny , ce polissoir a été offert
par son propriétaire au château-musée du Grand-Pressigny , où il a été transporté le 1er Juin 1954
, et où il est resté depuis lors . ( Sur cet évènement , voir sur internet le film d’archives : https://memoire.ciclic.fr/11586-activites-au-musee-de-prehistoire-du-grand-pressigny )
Il s’agit d’un bloc de poudingue de 2m,20 X lm,70 à la base et dépassant initialement
du sol d’environ 0m,80. Il présente 7
rainures nettes et 8 autres traces de polissage moins marquées .
Dans le
folklore berrichon , une « birette » est un esprit malveillant , un
sorcier jeteur de sorts . A Bué-en-Sancerre (18) , ce passé folklorique revit
sous forme de la « fête aux Birettes » qui a lieu chaque année début
Août .
Le
dolmen de Charnizay : « les Palets de Gargantua »
Sur
l’origine cette curieuse structure , on ne peut formuler que des
hypothèses : dolmen détruit ? dolmen incomplet ? C’est cette
dernière version que semblerait retenir la plaquette officielle de présentation
du monument . On notera le caractère monumental des blocs utilisés , qui
s’avèrent également assez bien équarris : on pourrait évoquer sur ces
critères une structure de type angevin , ce qui ferait remonter le monument au
Néolithique moyen ( 4000 – 3500 AEC ) . Cette conjecture repose uniquement sur
une impression architecturale car on ne trouve pas de référence au sujet
d’éventuelles fouilles
Selon la
légende : « La femme de Gargantua transporta ces palets au champ de
l’Humiau dans son tablier de noces » ( J.M.Rougé ) . Gargantua s’exerçait
à les lancer .
Le matériau est un poudingue .
Le
dolmen de Paulmy : « La Pierre chaude »
Structure
plus « classique » que la précédente : on retrouve 6 orthostates
et une dalle de couverture à demi effondrée à l’intérieur , ce qui la rapproche
des « dolmens simples » de la région-Centre , à comparer avec les
dolmens du Liège à Montrésor , de Marcilly-sur-Maulne , ou de Maupertuis à
Lhomme (72) . Ce type d’architecture signerait une construction plus récente
que les « dolmens angevins » : plutôt Néolithique récent , voire
final , soit 3500 – 2500 AEC .
Côté Est , le dessin qui figure sur la dalle de couverture évoque une hache .
Il s’agit d’un lusus naturae et non d’un artefact anthropique .
Concernant
d’éventuelles fouilles archéologiques , on retrouve rapporté par dans
l’inventaire de G.Cordier le morceau de bravoure suivant : ( Juillet 1887
)
« Les fouilles, exécutées sous la direction de M. Chauveau, ancien
instituteur à Barrou, n'ont pas été très fructueuses. Poussées jusqu'à lm,20,
limite supérieure d'une couche de glaise qui n'a évidemment jamais été remaniée,
elles ont eu pour résultat la découverte d'un certain nombre d'ossements
humains et d'animaux mélangés avec un peu de charbon et des cendres dont on
apercevait la trace dans les terres environnantes. A ces ossements, il faut
ajouter les débris de plusieurs vases et de pierres travaillées de main d'homme
» . Les ossements comprenaient, entre autres, un « crâne assez bien conservé»
dont Dubreuil- Chambardel put déterminer l'indice: 80 (Touraine préhist., p.
60-61) (43).
La tradition
rapporte que la Pierre Chaude servait « soit de siège pour les fées, soit de
billot afin que les druides égorgent leurs victimes» (Fournier).
Le dolmen du « Chillou-du-Feuillet » à Balesmes ,
commune de Descartes :
Située au
milieu des champs cette structure aurait été selon G.Cordier totalement vidée
et remblayée à une époque inconnue . Toutefois , ont été ultérieurement recueillis
quelques éclats bruts , des fragments de lame et de céramique néolithique ainsi
que quelques ossements humains et animaux .

Une
interrogation se pose quant à la forme initiale du monument , l’orthostate
d’entrée situé au sud étant très nettement divergent de l’axe du monument mais également de son homologue côté nord . Il
est vrai que les environs immédiates révèlent d’assez nombreux blocs de moyenne
ampleur : restes de cairn ou fragments issus du débitage partiel de la
structure ? Il est possible que des éléments constitutifs :
orthostates ou dalles de couverture aient été déplacés au cours des siècles .
Le matériau est un grès ferrugineux de couleur ocre à brun-foncé .
La légende rapporte qu’il s’agirait – là encore – de palets utilisés par
Gargantua , qu’il aurait utilisés pour viser la « bogue » de la
pierre percée de Draché .
Le dolmen de la « Pierre-Levée » de Confluent , à
Yzeures-sur-Creuse :
Au confluent
de la Gartempe et de la Creuse , près du hameau éponyme de
« Confluent » se trouve le dolmen de la « Pierre-Levée ».
Comme le
dolmen de la « Pierre-Chaude » à Paulmy , il s’agit vraisemblablement
d’un « dolmen simple » , comportant encore 3 piliers en place (
poudingue ) , dont 1 brisé en 3
fragments côté ouest et une volumineuse dalle de couverture ( meulière lacustre
) .
Son intérêt
majeur est d’être le seul dolmen du département à conserver une partie de son
péristalithe : c.à d. le cercle de pierres que l’on voit au premier plan
sur la photo , à l’Ouest du monument , un unique bloc demeurant à l’Est . Cet
élément d’architecture servait vraisemblablement à caler la périphérie du cairn
qui entourait et recouvrait la structure .
D'après
Dubreuil-Chambardel, ce dolmen a été fouillé et « on y a trouvé des ossements
humains» ( Touraine préhist., p. 60 ).
Menhir de la « Pierre-Percée » de Draché , ou « Pierre des
Arabes » ou « Pierre des Erables » :
Ce beau
menhir , un des plus hauts du département , tire son nom de la tradition locale
qui veut que , après la bataille de Poitiers , des combattants Arabes aient été
inhumés à proximité , le terme d’ « érable » provenant de la
corruption du mot « arabe ».
Il s’agit
d’un fragment de grande dalle en calcaire spathique de 3,55 m de haut, pour une
largeur de 1,90m et 0,80 d’épaisseur. La perforation a des dimensions de 0,35 x
0,23 m . D’origine naturelle , il semblerait qu’elle ait été
« complétée » par bouchardage . Il y a lieu de s’interroger sur
l’utilisation assez fréquente d’éléments présentant des perforations naturelles ou artificielles ,
dans l’architecture mégalithique : orthostates ou dalles de couverture ,
menhirs … Ne doit-on pas indéniablement y ressentir une notion de
« passage » : passage de l’ombre à la lumière , d’un monde à l’autre ? Les serments
échangés au travers de cette ouverture auraient ainsi une valeur particulière .
On décrit
sur la face Nord des « degrés taillés » dans la roche , il semblerait
plutôt que l’on ait affaire à des stigmates d’extraction sur la face
d’arrachement .
Un sondage a
été réalisé en 1910 au pied du menhir qui aurait révélé quelques éclats de
silex non retouchés et un fragment de poterie à pâte noire .
Enfin , il
s’agit d’une « bogue » de Gargantua , propre à être visée par ce
dernier au moyen des « palets » voisins .
En remontant
vers Sainte-Maure , nous trouvons assez rapidement le dernier élément de notre
périple :
Le
« Dolmen de la Pierre-Fondue » ou « Dolmen de Boumiers » ou
encore « des Bommiers » à Sainte-Maure de Touraine :
Il s’agit d’un
dolmen rectangulaire conservant 2 orthostates à droite , 1 à gauche , tous fortement inclinés vers
l’intérieur . La dalle de couverture , de 3,50 m x 2,30 m semble avoir fait
l’objet d’une tentative de traction vers le Nord . La dalle de chevet est
largement débordante sur les 2 orthostates . Une dernière dalle , ou fragment
de dalle gît au sol dans l’entrée , presque totalement enterrée .
Pour ces différentes caractéristiques on peut évoquer la possibilité qu’il s’agisse
à l’origine d’un « dolmen angevin » , profondément remanié par la
suite , la dalle enterrée de l’entrée pouvant être interprétée comme le vestige
d’un portique . Une autorisation de fouilles
aurait été demandée vers 1865 ( Bourassé ) dont les suites sont
inconnues .
Je vous
remercie de votre attention .
M.Ravoisier
Crédit
illustrations :
-
Dessins :
G.Cordier . Gallia préhistoire. Suppléments, supplément 1-1, 1963. Inventaire
des mégalithes de la France. 1 — Indre-et-Loire
-
Photos :
M.Ravoisier
Bibliographie : G.Cordier . Gallia préhistoire.
Suppléments, supplément 1-1, 1963. Inventaire des mégalithes de la France. 1 —
Indre-et-Loire*
Louis
Bousrez : Les monuments mégalithiques de la Touraine . Etude générale ,
inventaire et description . Louis Bousrez libraire-éditeur , Tours 1894 .
M.Gruet :
Mégalithes en Anjou . Edition actualisée par C.T. Le Roux . Editions
Cheminements . 2005 .
J.M.Rougé :
Voyage en Touraine inconnue , Editions C.L.D.
normand & Cie éditeur , 3e édition , 1976 .