La
très longue histoire de l’homme avant l’écriture a laissé des traces
nombreuses dans le sous-sol de la Touraine comme à sa surface. Le silex,
le grès, les perrons, mais aussi d’autres roches comme l’argile, la
craie, toutes très abondantes dans la province, ont été, avec l’os et le
bois (végétal ou animal), les principales matières premières que les
hommes ont su recueillir, exploiter et utiliser pour assurer leur survie
même pendant les épisodes climatiques les plus défavorables.
Depuis
Homo erectus, chasseur de rennes et de chevaux jusqu’à Homo sapiens qui
devient agriculteur et éleveur au Néolithique, toutes les grandes
civilisations ont laissé des marques de leurs passages : bifaces enfouis
dans les limons des plateaux ou dans les alluvions des rivières, outils
sur lames retrouvés à l’occasion des travaux agricoles ou lors de
fouilles dans les rares abris naturels que la craie tuffeau a laissé
subsister, nucléus livre de beurre et grandes lames découvertes
exceptionnellement après le passage de la charrue, amas d’éclats
soigneusement dégagés dans le cadre de fouilles programmées ou de
sauvetages urgents parce que l’exploitation de la sablière ou le passage
de l’autoroute ne peuvent pas attendre.
Les outils préhistoriques
de la Touraine sont marqués par un gigantisme dû à l’extraordinaire
taille et qualité des rognons et dalles de silex que la nature a mis à
la disposition des hommes qui passaient par là. À l’extrême fin du
Néolithique, dans le sud du Lochois, ils ont su exploiter cette
ressource naturelle d’une manière particulièrement ingénieuse pour
fabriquer des produits qui étaient alors convoités par beaucoup en
Europe de l’ouest : les longues lames, objets de prestige, ont été
retrouvées un peu partout, dans les habitats où elles ont servi de
couteaux mais aussi dans les tombeaux comme témoins de l’importance
sociale de leur ancien détenteur.
Cette deuxième
édition de « La Préhistoire en Touraine » a été complètement revue et
augmentée d’un certain nombre de sites qui ont été découverts et
fouillés depuis la parution de la première édition, il y a dix ans.
Jean-Claude Marquet est docteur d’État ès Sciences (sciences de la Terre-Paléontologie). Il a fouillé les sites de La
Roche-Cotard à Langeais, Bénagu à Chaumussay et Le Petit-Paulmy à Abilly. Il a été conservateur du
musée départemental de Préhistoire du Grand-Pressigny de 1982 à 2004. Il est conservateur de l’
Archéolab d’Abilly et du
musée archéologique de Martizay.